Article · 2 septembre 2026
Dois-je préciser quand j'utilise l'IA pour mes contenus ?
Moins souvent qu'on ne le croit. Mais sur un point précis, oui.
La réponse courte
Cela dépend de ce que vous produisez. Depuis le 2 août 2026, l'article 50 du règlement européen sur l'intelligence artificielle impose de signaler trois choses : les contenus qui imitent une personne ou une scène réelle, les textes d'information publiés sans relecture humaine, et les systèmes conversationnels qui échangent avec vos clients.
En revanche, un texte que vous avez rédigé avec l'aide d'une IA puis relu et corrigé vous-même n'a pas à être étiqueté, pas plus qu'un contenu créatif ou humoristique.
Pour une petite entreprise, le point le plus souvent concerné est le chatbot installé sur un site ou une page Facebook.
Je suis social media manager, pas juriste. Ce qui suit est une lecture de vulgarisation destinée à vous aider à repérer les points qui vous concernent. Pour une situation précise, ou en cas de doute sérieux, adressez-vous à un avocat ou consultez directement le texte du règlement.
Qu'impose exactement la règle entrée en vigueur le 2 août 2026 ?
Trois situations déclenchent l'obligation d'informer.
Les deepfakes, c'est-à-dire les images, vidéos ou sons générés ou modifiés par IA qui représentent des personnes, des lieux ou des événements de façon à passer pour authentiques. Un marquage technique ou une identification visible est requis.
Les textes d'information publiés sans contrôle éditorial humain. La formulation est importante : ce n'est pas l'usage de l'IA qui déclenche l'obligation, c'est l'absence de relecture par une personne avant publication. C'est exactement le même critère que celui retenu par LinkedIn pour réduire la portée des publications signalées, sujet que je traite dans l'article sur la chute de portée.
Les systèmes interactifs, chatbots, agents conversationnels et avatars virtuels, qui doivent signaler clairement à leur interlocuteur qu'il échange avec une intelligence artificielle.
Qu'est-ce qui n'est pas concerné ?
Deux exemptions comptent particulièrement pour une petite structure.
Les œuvres créatives, satiriques, de fiction ou artistiques ne sont pas soumises à l'obligation d'étiquetage. Une illustration manifestement stylisée pour une carte de vœux, une vidéo humoristique, une image d'ambiance qui ne prétend rien documenter ne tombent pas dans le champ des deepfakes.
Les textes soumis à un contrôle éditorial humain non plus. Si vous générez un brouillon avec une IA, que vous le relisez, le corrigez et le validez avant publication, le contenu n'a pas à être étiqueté au titre de cette disposition.
C'est une nuance qui rassure beaucoup de dirigeants, parce qu'elle correspond exactement à l'usage le plus répandu de ces outils dans les petites entreprises : un assistant de rédaction, pas un rédacteur autonome.
Une autre règle européenne touche vos textes à la même période, sur un sujet différent : les mots comme « écologique » ou « éco-responsable » employés sans preuve. C'est expliqué dans l'article sur les allégations environnementales.
Quel est le calendrier pour ce qui existe déjà ?
L'obligation s'applique depuis le 2 août 2026. Les systèmes déjà mis en service avant cette date bénéficieraient d'un délai de mise en conformité allant jusqu'au 2 décembre 2026.
Concrètement : si vous avez installé un assistant conversationnel sur votre site au printemps, il vous reste quelques semaines pour ajouter la mention. Si vous en installez un maintenant, la mention doit être présente dès la mise en ligne.
Ce volet de transparence n'est qu'une étape du calendrier européen. D'autres exigences, applicables aux usages considérés comme à haut risque, notamment dans le recrutement, l'évaluation de crédit ou la biométrie, entrent en application plus tard. Ce calendrier a déjà été ajusté plusieurs fois : vérifiez les dates auprès d'une source officielle plutôt que de vous fier à un article, celui-ci compris.
Ce que vous pouvez faire cette semaine
Une heure au total, et vous saurez où vous en êtes.
L'inventaire des outils qui parlent à votre place
Listez tout ce qui, sur votre site, vos pages et votre messagerie professionnelle, répond automatiquement à un client : chatbot, assistant de prise de rendez-vous, réponse automatique enrichie. Pour chacun, vérifiez si le visiteur est informé qu'il s'adresse à une machine.
Vingt minutes.
La revue de vos visuels des trois derniers mois
Repérez les images générées qui représentent des lieux, des personnes ou des situations pouvant passer pour réels. Ce sont celles qui posent question. Une photo prise avec votre téléphone règle le problème et sert mieux votre entreprise.
Trente minutes.
Un message à votre prestataire
Si un tiers gère votre site, vos outils ou vos contenus, demandez-lui par écrit quels systèmes d'IA sont en place et comment ils sont signalés. Vous obtenez une réponse écrite, ce qui vaut mieux qu'une supposition, et ce qui vous sera utile si la question se pose un jour.
Dix minutes.
Ces trois vérifications font partie de ce que je regarde dans un audit, au même titre que vos statistiques. Et si le sujet vous intéresse sous l'angle de la visibilité plutôt que de la conformité, lisez l'article sur les recommandations de ChatGPT.
Questions fréquentes
Est-ce que je dois écrire « généré par IA » sous chaque publication ?
Non. L'obligation vise les contenus qui imitent le réel, les textes d'information publiés sans relecture humaine, et les systèmes conversationnels. Un texte que vous relisez et validez avant publication n'entre pas dans ce cadre.
Et si je fais mes visuels avec une IA ?
Tout dépend de ce qu'ils représentent. Une illustration visiblement stylisée relève des contenus créatifs, exemptés. Une image qui donne à voir un lieu, une personne ou une scène comme s'ils étaient réels relève des contenus à signaler.
Mon conseil dépasse d'ailleurs la question juridique : une photo prise avec votre téléphone dans votre atelier vaut mieux qu'une image générée d'un atelier qui n'existe pas. Vos clients font la différence.
Qui contrôle et que risque-t-on ?
Le règlement européen confie à la Commission européenne des pouvoirs renforcés de contrôle et de sanction, principalement sur les fournisseurs de modèles d'IA à usage général plutôt que sur les petites entreprises qui les utilisent.
Pour vous, l'enjeu immédiat est moins le contrôle que la confiance : un client qui découvre après coup qu'il a échangé avec une machine sans en être informé est un client qui doute du reste.
Mon prestataire est-il responsable à ma place ?
Ne partez pas de ce principe. Les obligations se répartissent différemment entre celui qui fournit le système et celui qui le déploie sur son site. Le plus sûr est de poser la question par écrit à votre prestataire et de conserver sa réponse.
Mise à jour : 2 septembre 2026.